Fiche mycotoxine

Citrinine : une toxine rénale venue d’une source inattendue, les compléments

La citrinine est une mycotoxine toxique pour les reins, produite par plusieurs espèces de Penicillium, d’Aspergillus et de Monascus. Elle apparaît souvent avec l’ochratoxine A, car les champignons producteurs et les denrées touchées se recoupent. Sa source la plus particulière est la levure de riz rouge, un complément alimentaire dans lequel l’organisme producteur est cultivé volontairement.

Surtout alimentaire

La citrinine est la mycotoxine la plus susceptible d’arriver par le placard à compléments alimentaires, avant l’alimentation ou le bâtiment. La levure de riz rouge est la source à laquelle on pense le moins.

Champignons producteurs de citrinine

L’espèce à partir de laquelle la citrinine a été isolée pour la première fois, et un contaminant courant des céréales stockées.

Produit à la fois de la citrinine et de l’ochratoxine A, ce qui explique qu’on les détecte si souvent ensemble.

Monascus purpureus

Cultivé volontairement pour produire la levure de riz rouge. La citrinine est un métabolite secondaire indésirable de cette fermentation.

Plusieurs produisent de la citrinine, dont des espèces courantes sur les denrées stockées.

D’où vient l’exposition

Une analyse d’urine confirme qu’un composé a atteint votre organisme, mais elle ne dit pas par quelle voie. Les possibilités réalistes figurent ci-dessous, et c’est à leur lumière qu’un résultat doit être lu.

Compléments à base de levure de riz rougeAlimentation

Ils sont obtenus en faisant fermenter du riz avec Monascus purpureus, qui peut produire de la citrinine à côté des monacolines recherchées. Les teneurs varient beaucoup d’un produit à l’autre, et l’Union européenne fixe une teneur maximale en citrinine pour ces compléments.

Céréales stockéesAlimentation

Blé, orge, avoine, seigle et riz contaminés par Penicillium lors d’un stockage humide.

Aliments fermentés et fromagesAlimentation

Certains procédés de fermentation font intervenir des espèces capables de produire de la citrinine.

Bâtiments touchés par l’humiditéBâtiment

Penicillium compte parmi les moisissures intérieures les plus courantes sur les matériaux humides. Une contribution environnementale est donc plausible, même si elle reste en général inférieure à l’apport alimentaire.

Comment la toxine agit sur l’organisme

La citrinine se concentre dans le rein, où le tubule proximal est la cible principale. Le traitement rénal explique cette spécificité, car la filtration et la réabsorption qui concentrent le composé exposent ces cellules aux taux les plus élevés.

Le mécanisme dominant est mitochondrial. La citrinine perturbe la chaîne de transport des électrons et augmente la perméabilité membranaire, ce qui réduit la production d’ATP et génère des espèces réactives de l’oxygène. Il en résulte des dommages oxydatifs et une apoptose des cellules tubulaires.

L’exposition conjointe à l’ochratoxine A est fréquente, et ses effets ne font pas que s’additionner. Des travaux expérimentaux indiquent que les deux interagissent, avec une néphrotoxicité combinée supérieure à celle de chacune seule aux mêmes doses. C’est une raison de lire les deux résultats ensemble.

Effets documentés sur la santé

Reins

La néphrotoxicité est l’effet établi, démontré de façon constante chez plusieurs espèces animales, avec des lésions du tubule proximal et une capacité de concentration urinaire altérée.

Association avec l’ochratoxine A

Les deux sont souvent présentes ensemble et semblent se potentialiser, ce qui compte car les panels rapportent souvent les deux.

Génotoxicité

Les preuves sont partagées. Certains systèmes de laboratoire montrent des lésions de l’ADN et d’autres non, ce qui explique en partie que le classement sur la cancérogénicité reste non concluant.

Développement

Des effets embryotoxiques sont rapportés chez l’animal, à des doses bien supérieures à l’exposition alimentaire habituelle.

Classification cancérogène : Groupe 3 du CIRC, inclassable quant à sa cancérogénicité pour l’humain

Comment on la mesure

Le marqueur urinaire informatif est la dihydrocitrinone, principal métabolite humain, davantage que la citrinine elle-même. Les panels qui ne mesurent que la molécule d’origine sous-estiment l’exposition, et il est utile de vérifier ce que rapporte votre laboratoire.

La citrinine et l’ochratoxine A sont souvent mesurées sur le même panel, car elles partagent des organismes producteurs et des denrées touchées. Les lire ensemble apporte plus d’information que de lire chacune séparément.

Ce que ces analyses peuvent établir, et ce qu’elles ne peuvent pas établir, est détaillé dans le guide sur le dosage urinaire des mycotoxines.

Interpréter un résultat de citrinine

Avant d’envisager une source environnementale, vérifiez vos compléments alimentaires. La levure de riz rouge est prise pour sa teneur en monacolines et reste une source de citrinine sous-estimée, c’est donc la première piste à écarter en cas de résultat positif. L’ANSES a par ailleurs mis en garde contre les risques de ces compléments.

Tenez compte ensuite de votre consommation de céréales, en particulier de grains stockés et de riz. La citrinine est un contaminant lié au stockage, si bien que la variable pertinente est la façon dont la denrée a été conservée, bien plus que sa nature.

Un résultat de citrinine accompagné d’une ochratoxine A élevée mérite plus d’attention que chacun des deux isolément, compte tenu des preuves de potentialisation mutuelle dans le rein.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la dihydrocitrinone et pourquoi la mesure-t-on à la place de la citrinine ?

La dihydrocitrinone est le principal métabolite que l’humain produit à partir de la citrinine, et elle est excrétée dans les urines de façon plus fiable que la molécule d’origine. Un panel qui ne mesure que la citrinine peut sous-estimer l’exposition, et il est donc utile de vérifier ce que rapporte votre laboratoire.

La levure de riz rouge contient-elle de la citrinine ?

C’est possible. La levure de riz rouge est obtenue en faisant fermenter du riz avec Monascus purpureus, qui produit de la citrinine comme métabolite secondaire indésirable à côté des monacolines recherchées. Les teneurs varient beaucoup d’un produit à l’autre, et l’Union européenne fixe une teneur maximale dans ces compléments. C’est la première source à vérifier en cas de résultat positif.

Pourquoi la citrinine et l’ochratoxine A apparaissent-elles ensemble ?

Elles partagent des organismes producteurs, notamment Penicillium verrucosum, ainsi que les mêmes denrées stockées. Cette présence conjointe compte, car des données expérimentales indiquent que les deux se potentialisent dans le rein au lieu de simplement s’additionner.

La citrinine est-elle dangereuse ?

C’est une toxine rénale établie dans les études animales, qui cible le tubule proximal par une perturbation mitochondriale et un stress oxydatif. Les données humaines sont limitées, et le CIRC la classe dans le groupe 3, inclassable quant à sa cancérogénicité. La préoccupation pratique porte sur un apport chronique à faible dose, surtout en association avec l’ochratoxine A.

Dépister les effets des biotoxines

Un résultat de mycotoxines décrit ce que votre organisme élimine. Le test de sensibilité aux contrastes visuels mesure autre chose, un effet neurologique associé à l’exposition aux biotoxines, ce qui apporte une deuxième donnée indépendante. Il est gratuit, se fait dans votre navigateur et dure environ 15 minutes.